Vénus, symbole récurrent de beauté ?

Exposé réalisé par Sibylle, latiniste de première en 2019-2020, devenue helléniste en 2020-2021

arbre généalogique
D’après cet arbre généalogique, nous pouvons constater que Gaïa, entité et déesse de la Terre romaine s’est liée à Uranus, entité et nouveau dieu du ciel romain ayant pris la place de Coelus, le précédent dieu incarnant cette position. Cette union a engendré douze Titans, six filles et six garçons : Mnémosyne, Phébé, Téthys, Théïa, Thémis, Cybèle et Crios, Coeos, Océanos, Hypérion, Japet ainsi que Saturne. Ce dernier et Cybèle, parfois plus connus sous leurs noms grecs Chronos et Rhéa, sont les géniteurs des six principaux dieux olympiens : Jupiter (Zeus), Junon (Héra), Pluton (Hadès), Neptune (Poséidon), Cérès (Déméter) et Vesta (Hestia).
Naissance de Vénus
Cependant, Uranus perçoit une telle menace provenant de sa progéniture qu’il renvoie ses enfants en le sein de leur mère, Gaïa. Celle-ci étouffe et décide de les armer afin de riposter et donne à Saturne une grande serpe aiguisée. Saturne s’oppose donc à son géniteur et le châtre : le membre d’Uranus tombe alors dans la mer et engendra, par le biais de l’écume, une nouvelle déesse près de l’île de Chypre : la déesse Vénus, ou son équivalent grec Aphrodite composé étymologiquement de aphros ou αφρος, écume, et signifiant par ce fait « sortie » ou « venant des écumes ».
Par ailleurs, nous pouvons aussi noter que malgré sa stérilisation, Uranus a tout de même pu engendrer via son sang d’autres descendants comme les Géants.
En Antiquité, Vénus était majoritairement représentée sur le support des statues ainsi que des sculptures, comme ici avec respectivement (de la gauche vers la droite) Aphrodite de Cnide datant d’entre 400 et 360 avant J.C., Aphrodite du Capitole datant d’entre le IIIe et IIe avant J.C. et Aphrodite de Menofanto, datant du Ier avant J.C.
Caractéristiques récurrentes
Par ces trois représentations de la divinité, nous pouvons constater certaines caractéristiques fréquemment voire toujours employées lors des figurations de Vénus et Aphrodite comme de larges hanches, symbole de fécondité ayant donné le modèle Venus Genetrix où nous pouvons traduire genetrix par la génétrice, la mère, un corps souvent nu emploi du « nu féminin » faisant que la déesse a toujours les bras dénudés, porte parfois d’amples vêtements mais serrés à la taille pour insister sur ses courbes, et enfin nous remarquons régulièrement une tendance à cacher ses parties intimes, ayant donné cette fois le modèle Venus Pudicae où ici pudicae du latin également a donné pudique. Ces particularités propres à la déesse romaine sont toutes trouvables sur les trois statues prises en exemple et s’étalant du Ve au Ier siècle avant J.C. ; ces représentations caractérisées appartiennent bien à l’Antiquité.
Les dieux idéalisés
Les proportions de Vénus sont, malgré le grand nombre de statues à son effigie, toujours les mêmes : les dieux étant assimilés à la beauté idéale, leur corps divins représentent donc cette beauté parfaite. Par ailleurs, à cette époque, le nez grec était une mode et une des caractéristiques du canon esthétique de l’Antiquité, détail physique constamment présent sur les sculptures de Vénus.
Arrivée du christianisme
Progressivement, sous l’apparition du courant religieux monothéiste du Christianisme, on constate une diminution des productions de nu féminin ou des divinités issues de mythologies polythéistes ; on retrouve tout de même des représentations des dieux grecs et romains mains dans une fréquence bien moindre comparée à celle de l’Antiquité. Cette baisse dure environ mille ans avant de retrouver une nouvelle apogée des figurations divines de la mythologie antique gréco-romaine par le biais notamment des néoplatoniciens offrant une revalorisation plus convaincante connue de la culture antique depuis la période de l’Antiquité, comblant le fossé présent entre les premiers partisans de l’Humanisme, mouvement culturel, philosophique et artistique datant de la Renaissance italienne et la religion chrétienne, très en vigueur en Europe lors du Moyen-Âge.
Ce tableau fini en 1485 et peint par Sandro Botticelli intitulé La Naissance de Vénus reprend principalement le mythe d’Hésiode par ses nombreuses références : au premier plan se trouve Vénus dite Anadyomène ou « sortie des eaux » en latin, la déesse est recueillie par un Vent ainsi que la déesse des Heures ou des Saisons, ici l’heure du Printemps par les fleurs ornant ses accoutrements. On aperçoit également la présence d’écume à la surface de l’eau ainsi que, au dernier plan, la présence de l’île de Chypre près de laquelle Vénus a vu le jour. On remarque d’autres références issues de l’Antiquité telles que les caractéristiques propres à Venus Genetrix ainsi qu’à Venus Pudicae par ses larges hanches, le fait qu’elle soit dénudée, son comportement pudique
Mythe mis à la mode du jour
Mariées aux caractéristiques typiques de l’art antique analysées précédemment, des pensées propres à l’époque se retrouvent dans le tableau : par la similitude des faciès nous pouvons reconnaître le courant néoplatonicien artistique ainsi que des précisions mathématiques quant aux corps, faisant référence à cette idéalisation des divinités au travers d’une beauté codifiée. Nous retrouvons également une redéfinition de la déesse propre aux néoplatoniciens et pouvons constater la présence d’une double typologie de Vénus dans le tableau : d’une part, nous remarquons la présence évidente et centrale de la Vénus Anadyomène, représentant la Vénus dite terrestre ou l’amour charnel de la divinité, tandis qu’accrochée au Vent, nous réalisons que ce personnage est également une représentation de Vénus, et plus précisément l’amour spirituelle de la déesse. Nous pouvons donc interpréter le tableau non pas comme la naissance première de Vénus, mais comme la deuxième : c’est la naissance terrestre de la déesse dans son corps adapté aux mortels. Cette nouvelle interprétation de l’entité illustre par ailleurs l’amour platonique, une conception philosophique qui sera mise en évidence lors de la Renaissance.
Vénus à l’Époque Moderne
Le tableau de Sandro Botticelli, empruntant des mythes et représentations antiques afin de symboliser la déesse de la beauté illustre également les tendances esthétiques du moment : les précédentes statues possédaient des caractéristiques propres à l’Antiquité figurant la beauté idéale tel le nez grec et nous retrouvons des caractéristiques peintes comme la blancheur de la peau de Vénus, symbole de richesse ainsi que de prestige, principale spécificité du canon esthétique médiéval.
Anecdote quant à l’élaboration du tableau
On dit que le modèle féminin ayant posé pour la réalisation de la figure de Vénus, Simonetta Vespucci, femme noble italienne de la Renaissance, était réputée pour son incroyable beauté et était née à Portovenere ou port de Vénus en français. Bien qu’elle soit morte jeune, on la soupçonnait d’être la réincarnation de Vénus sur terre c’est-à-dire d’être le fameux corps terrestre adapté aux mortels.

Tout à gauche, La Toilette De Vénus de Boucher, fait en
1751 tableau) ;
À sa droite, Vénus Accroupie, de Coysevox, fait entre 1685
et 1686 (statue) ;
En haut à droite, Vénus Endormie, de Giorgione, fait entre
1508 et 1510 (tableau) ;
En bas à droite, Vénus D’Urbino, de Titien, 1538 (tableau).
Des représentations typiques de la Renaissance
La Vénus à sa toilette et la Vénus endormie sont deux représentations qu’on retrouve uniquement qu’à la Renaissance. C’est un prétexte pour exercer le nu féminin : les œuvres de ces deux registres ont immanquablement des connotations érotiques, notamment le tableau La Toilette De Vénus par la présence d’Éros sous forme de putti, petit ange accompagnant les dieux qu’on nomme aussi amour, divinité grecque dont le nom est à l’origine même du mot érotisme. L’érotisme de ces peintures est perçu par la perte de la Venus Pudicae : ces figures de la déesse de l’amour sont démunies de toute trace de pudeur.
Connotations érotiques relevées au goût du jour
Bien que ces œuvres aient des connotations érotiques, on constate que dans une Europe chrétienne l’amour charnel est illustré par des figures issues de religion et mythologie dite païenne. Cependant, Vénus est adaptée aux préférences esthétiques de l’époque définissant l’actuelle beauté : un teint très blanc, voire pâle, une absence de maquillage, des visages souriants, une allure vivante, un ventre rentré tout en conservant des courbes naturelles apparentes… Ces détails sont la mode de la Renaissance et reprennent en grande partie la Venus Genetrix par ces larges hanches symbolisant la fécondité. Encore une fois, des siècles après l’Antiquité où l’adoration qui lui était prêtée était à son apogée, Vénus est empruntée abondamment pour incarner la beauté visuelle.
La Vénus Populaire
À partir de l’Époque Contemporaine, les modes changent. On ne retrouve pas la Venus Pudicae propre à l’Antiquité et la Venus Genetrix apparaît de moins en moins, à la place, la Vénus devient Populaire : c’est la Venus Pandemia, comme le représente le tableau Venus Pandemos de Gleyre, fait entre 1852 et 1853. Sans pudeur, elle incarne l’amour charnel dans la vulgarité, la femme accomplie, « bien en chair », naturelle, au corps laiteux, caractéristiques de la beauté de l’époque, où encore Vénus est empruntée pour illustrer beauté, amour charnel et séduction.
La Vénus donneuse de victoire
D’après la sculpture de Canova faite en 1808 intitulée Venus Victrix, nous trouvons une Vénus ni Pudicae, ni Genetrix, ni Populaire, mais Donneuse De Victoire, autre de ses fonctions moins connue. Comme dit plus tôt, par sa descendance, la déesse a vu une nouvelle gloire s’ériger : son fils Énée et ses victoires vantées par l’auteur romain Virgile dans son épopée Énéide. Cette renommée a valu à la déesse de l’amour la nomination de protectrice de Rome à la fin de la République.
Vénus et ses différentes perceptions
Vénus, interprétée sous ses diverses fonctions divines telles que l’amour, la séduction ou encore la victoire, est reprise à nouveau comme image de beauté visuelle ; la victoire est quelque chose de beau et prestigieux.

Ce tableau de Cabanel peint en 1863 reprend, comme Botticelli l’a lui-même fait quatre siècle auparavant, le mythe d’Hésiode dans la Théogonie : dans cette représentation de la Naissance De Vénus, nous retrouvons tout d’abord Vénus issue de l’écume de la mer très visible sous le corps de la déesse, αφρος, nous remarquons également la présence de putti accueillant la nouvelle divinité ainsi qu’au dernier plan l’île de Chypre distinguable.
…Mais cette fois à l’Époque Contemporaine
Ici encore, la figure de Vénus est acclimatée au canon de l’époque : La mode de ce temps était de représenter une femme allongée, fragile, en détresse ou en souffrance, ou bien une petite bourgeoise brune encore une fois fragile mais toujours naturelle. Vénus dans ce tableau a un corps laiteux, est allongée, sa chevelure tend vers le brun et elle semble tant naturelle qu’en détresse tout en ayant cet aspect de fragilité tant recherché. On retrouve tout de même les larges hanches accompagnant très souvent les représentations de la déesse, caractéristique antique typique forgeant le modèle Venus Genetrix par son symbole de fécondité. Vénus est reprise une énième fois pour incarner la beauté par excellence.

Conclusion de la présentation
Depuis sa « création » ou le début de son culte en Antiquité, Vénus a toujours été connue comme la déesse de l’amour, de la beauté et de la séduction principalement. Sa figure a toujours été idéalisée, et bien des siècles après l’Antiquité : malgré les différentes époques ayant succédé, les autres religions apparues suite à la mythologie gréco-romaine ou encore les divers régimes politiques ayant occupé l’Europe, Vénus a constamment été empruntée afin de servir de définition visuelle de beauté, d’allégorie de l’amour, tout en étant adaptée aux critères de beauté physique et comportementale de chaque époque afin de rendre son charme plus actuel, bien qu’il demeure intemporel. Par ailleurs, de nos jours, la définition du mot « vénus » correspond à femme d’une grande beauté (Larousse, littéraire).

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