Grec terminale -Interrogations philosophiques sur la mort

Phédon

Adaptation théâtrale du Phédon par la Compagnie des Amis de Platon au lycée Millet en janvier 2018 : spectacle vu par les latinistes et les hellénistes.

Lecture du chant XI de l’Odyssée : questionnaire

1) Pourquoi est-il maladroit d’évoquer une descente aux enfers dans l’Odyssée ?

2) Quel rituel observe Ulysse en entrant au royaume des morts ?

3) « J’aimerais mieux être sur terre domestique d’un paysan […]
Que de régner ici parmi ces ombres consumées… »

Qui prononce ces paroles ? Pourquoi ?

4) Qui est Elpénor ? Que demande-t-il à Ulysse ? Pourquoi ?

5) Résumez la prophétie de Tirésias.

6) Qu’apprend Agamemnon à Ulysse ?

7) Qu’apprend Ulysse à Achille ? Comment le héros grec réagit-il ?

8) Comment réagit Ajax en revoyant Ulysse ?

9)  Quel est le supplice de Tantale ?

10) Quel est le sort de Sisyphe ?

11) Quels dangers attendent Ulysse après le royaume des morts ?

12) Comment Ulysse quitte-t-il les Enfers ?

Ulysse rencontre sa mère aux Enfers (Homère, Odyssée, Chant XI, vers 204-222)

Sur les conseils de la magicienne ______________, Ulysse se rend chez _________ consulter l’ombre du devin __________ qui doit lui expliquer comment revenir à _________. Après l’avoir interrogé, il peut ensuite s’adresser à sa mère A____________ dont il ignorait la mort. Celle-ci lui donne des nouvelles de la situation à __________ et lui avoue que c’est le chagrin de son absence qui l’a tuée. Beaucoup d’émotion dans ces vers : nous sommes bien loin de l’image du héros invincible !

 ὣς ἔφατ᾽, αὐτὰρ ἐγώ γ᾽ ἔθελον φρεσὶ μερμηρίξας
μητρὸς ἐμῆς ψυχὴν ἑλέειν κατατεθνηυίης.
τρὶς μὲν ἐφωρμήθην, ἑλέειν τέ με θυμὸς ἀνώγει,
τρὶς δέ μοι ἐκ χειρῶν σκιῇ εἴκελον ἢ καὶ ὀνείρῳ
ἔπτατ᾽. ἐμοὶ δ᾽ ἄχος ὀξὺ γενέσκετο κηρόθι μᾶλλον,
καί μιν φωνήσας ἔπεα πτερόεντα προσηύδων:
μῆτερ ἐμή, τί νύ μ᾽ οὐ μίμνεις ἑλέειν μεμαῶτα,
ὄφρα καὶ εἰν Ἀίδαο φίλας περὶ χεῖρε βαλόντε
ἀμφοτέρω κρυεροῖο τεταρπώμεσθα γόοιο;
ἦ τί μοι εἴδωλον τόδ᾽ ἀγαυὴ Περσεφόνεια
ὤτρυν᾽, ὄφρ᾽ ἔτι μᾶλλον ὀδυρόμενος στεναχίζω;
ὣς ἐφάμην, ἡ δ᾽ αὐτίκ᾽ ἀμείβετο πότνια μήτηρ:
‘ὤ μοι, τέκνον ἐμόν, περὶ πάντων κάμμορε φωτῶν,
οὔ τί σε Περσεφόνεια Διὸς θυγάτηρ ἀπαφίσκει,
ἀλλ᾽ αὕτη δίκη ἐστὶ βροτῶν, ὅτε τίς κε θάνῃσιν:
οὐ γὰρ ἔτι σάρκας τε καὶ ὀστέα ἶνες ἔχουσιν,
ἀλλὰ τὰ μέν τε πυρὸς κρατερὸν μένος αἰθομένοιο
δαμνᾷ, ἐπεί κε πρῶτα λίπῃ λεύκ᾽ ὀστέα θυμός,
ψυχὴ δ᾽ ἠύτ᾽ ὄνειρος ἀποπταμένη πεπότηται.

1) Complétez l’introduction.

2) Surlignez d’une même couleur tous les mots que vous (re)connaissez (ou dont vous pouvez deviner le sens grâce à la proximité du français), d’une couleur différente les noms propres. Recopiez-les et indiquez à côté leur traduction (au moins approximative). Pour les noms propres, indiquez leur transcription en français.

3) Qu’ont pu donner en français les mots grecs suivants : ὄνειρος – εἴδωλον -πάντων -πυρὸς ?

Traduction littéraire :

A ces paroles je veux embrasser l’âme de ma mère chérie ; trois fois je m’élance, poussé par le désir, et trois fois elle s’échappe de mes mains comme une ombre légère ou comme un songe. Je me sens alors affligé, et j’adresse à ma mère bien-aimée ces rapides paroles :

 « Pourquoi m’échappes-tu quand je désire te saisir ? Ne pourrions-nous pas, ô ma mère, dans les demeures de Pluton, nous entourer de nos bras et soulager nos cœurs par les larmes ? La divine Proserpine ne m’aurait-elle offert qu’un vain fantôme pour accroître encore mes chagrins et mes gémissements ? »

» C’est ainsi que je parle, et ma vénérable mère me répond en disant :

« Ô mon fils, toi le plus infortuné des hommes, Proserpine, la fille de Jupiter, ne s’est point jouée de toi. Telle est la destinée des humains lorsqu’ils sont morts : les nerfs ne lient plus les chairs et les os, car ils sont détruits par la puissante force des flammes aussitôt que la vie abandonne les os éclatants de blancheur, et l’âme légère s’envole comme un songe. Maintenant retourne au séjour de la lumière, et retiens bien toutes ces choses, afin que tu puisses, dans l’avenir, les raconter à ton épouse chérie. »

Vocabulaire :

ὣς : ainsi

ἔφατ᾽ : imparfait dorique de fhmi, 3ème pers. du sg : dire

αὐτὰρ : ensuite, mais

ἔθελον : imparfait de ἐθέλω: vouloir, désirer

φρήν, os : cœur, âme

μερμηρίξας, participe aoriste de μερμηρίζω : être inquiet
ἑλέειν : aoriste infinitif de αἱρέω : prendre

κατατεθνηυίης : participe génitif féminin de  καταθνήσκω : mourir, décéder
τρὶς : à trois reprises

ἐφωρμήθην : aoriste passif de ἐφορμάω : s’élancer

θυμὸς : âme, esprit

ἄνωγω : commander, ordonner

σκιά : ombre
εἴκελος : semblable

ἢ : ou

ἔπτατ᾽ : aoriste de πέτομαι : s’envoler

ἄχος : angoisse, chagrin

ὀξύς : pointu, aigu

γενέσκετο : aoriste itératif de γίγνομαι : devenir

κηρόθι μᾶλλον : plus avant dans le coeur, plus profondément

φωνήσας : participe aoriste de φωνέω : prendre la parole

ἔπεα πτερόεντα : des paroles ailées

προσηύδων: imparfait de προσαυδάω + acc. : adresser la parole à quelqu’un

τί : pourquoi

νύ (particule enclitique) : donc

μίμνω : rester

μεμαῶτα : participe parfait accusatif masculin de μέμαα : désirer, être impatient
ὄφρα : pour que, afin que

φίλας χεῖρε : nos deux mains

περὶ βαλόντε : nous serrant dans nos bras
ἀμφοτέρω (duel) : tous les deux

κρυεροῖο γόοιο;(génitif) : le gémissement qui fait frissonner
τεταρπώμεσθα : aoriste subjonctif (voix moyenne) de τέρπomai : se rassasier, avoir son content de + gén.

ἦ τί: sans doute, est-ce que

εἴδωλον : fantôme

ἀγαυός : admirable, illustre

ὀτρύνω : pousser, susciter

ἔτι : encore

ὀδύρομαι : déplorer, se lamenter

στεναχίζω : gémir
αὐτίκα : aussitôt

ἀμείβομαι : répondre

πότνια : auguste, vénérable

ὤμοι : hélas

φώς, otos : homme, mortel

κάμμορος : malheureux

θυγάτηρ : fille

ἀπαφίσκω : tromper

αὕτη : voici

δίκη :la loi

βρότος : mortel

ὅτε : chaque fois que, quand

τίς : quelqu’un

θάνῃσιν: subjonctif aoriste de θνήσκω : mourir
σάρξ : la chair

ὀστέον : os, ossement

ἴς, ἶνoς : nerf, tendon
πῦρ, πυρὸς : feu

κρατερός : fort, violent

μένος : ardeur, force

αἰθομένοιο : participe homérique de αἴθω : brûler
δαμνάω : dompter, tuer, détruire

ἐπεί κε πρῶτα : dès que

λίπῃ : aoriste subjonctif de λείπω :quitter, abandonner

λεύκos : blanc

ἠύτε : comme

ἀποπέτομαι : s’envoler (ἀποπταμένη : participe aoriste)

ποτάομαι ( πεπότηται.parfait de sens présent) : voler, s’envoler

ὣς ἔφατ᾽
αὐτὰρ ἐγώ ἔθελον ἑλέειν
μητρὸς ἐμῆς ψυχὴν κατατεθνηυίης.
φρεσὶ μερμηρίξας
τρὶς μὲν ἐφωρμήθην
θυμὸς με ἀνώγει ἑλέειν τέ,
τρὶς  ἔπτατo μοι ἐκ χειρῶν
δέ  εἴκελον σκιῇ ἢ καὶ ὀνείρῳ
δ᾽ ἄχος γενέσκετο ἐμοὶ κηρόθι ὀξὺ μᾶλλον,
καί φωνήσας
μιν προσηύδων ἔπεα πτερόεντα:
μῆτερ ἐμή, τί νύ οὐ μίμνεις
μ᾽ ἑλέειν μεμαῶτα,
ὄφρα καὶ εἰν Ἀίδαο
φίλας περὶ χεῖρε βαλόντε
ἀμφοτέρω
τεταρπώμεσθα κρυεροῖο γόοιο;
ἦ τί ἀγαυὴ Περσεφόνεια ὤτρυν μοι
εἴδωλον τόδ᾽ ὄφρ ὀδυρόμενος
στεναχίζω ἔτι μᾶλλον;
ὣς ἐφάμην ἡ δ᾽ πότνια μήτηρ
αὐτίκ᾽ ἀμείβετο
‘ὤ μοι, τέκνον ἐμόν,
κάμμορε περὶ πάντων φωτῶν,
οὔ τί σε Περσεφόνεια Διὸς θυγάτηρ ἀπαφίσκει
ἀλλ᾽ αὕτη δίκη ἐστὶ βροτῶν,
ὅτε τίς κε θάνῃσιν:
οὐ γὰρ ἶνες  ἔχουσιν ἔτι σάρκας τε καὶ ὀστέα,
ἀλλὰ κρατερὸν μένος
πυρὸς αἰθομένοιο τὰ μέν τε
δαμνᾷ,
ἐπεί κε πρῶτα θυμός λίπῃ
λεύκ᾽ ὀστέα, ψυχὴ δ᾽
ἀποπταμένη ἠύτ᾽ ὄνειρος
πεπότηται.

Activités de langue

  1. Déclinaison

Retrouvez les mots grecs dans le texte qui signifient fils, moi, âme, rêve, puis déclinez-les.

  1. Conjugaison

1) Classez les formes verbales suivantes dans le tableau qui suit : ὀδυρόμενος , ἔθελον, πεπότηται, ἀπαφίσκει, φωνήσας

Indicatif présent Indicatif imparfait Indicatif parfait Participe présent Participe aoriste

2) Relevez trois imparfaits ; expliquez leur formation.

3) Relevez trois verbes en –w se conjuguant comme luw: analysez le temps et le mode.

4) Voici l’indicatif présent des verbes thématiques qu’il faudra revoir :

Voix active Voix médio-passive
λύω λύομαι
λύεις λύει
λύει λύεται
λύομεν λυόμεθα
λύετε λύεσθε
λύουσι(ν) λύονται

A partir de 28mn, Ulysse se retrouve aux Enfers : vous reconnaîtrez facilement l’extrait que vous avez traduit.

 « La mort n’est rien » (Epicure, Lettre à Ménécée)

Συνέθιζε δὲ ἐν τῷ νομίζειν μηδὲν πρὸς ἡμᾶς εἶναι τὸν θάνατον. ἐπεὶ πᾶν ἀγαθὸν καὶ κακὸν ἐν αἰσθήσει · στέρησις δέ ἐστιν αἰσθήσεως ὁ θάνατος. ὅθεν γνῶσις ὀρθὴ τοῦ1 μηθὲν εἶναι πρὸς ἡμᾶς τὸν θανατον ἀπολαυστὸν ποιεῖ τὸ τῆς ζωῆς θνητόν, οὺκ ἄπeiρον προστιθεῖσα χρόνον, ἀλλὰ τὸν τῆς ἀθανασίας ἀφελομένη πόθον. οὐθὲν γάρ ἐστιν ἐν τῷ ζῆν δεινὸν τῷ κατειληφότι γνησίως τὸ μηδὲν ὑπάρχειν ἐν τῷ μὴ ζῆν δεινόν.  ὥστε μάταιος ὁ λέγων δεδιέναι τὸν θάνατον οὐχ ὅτι λυπήσει παρών ἀλλ’ὅτι λυπεῖ μέλλων· ὅ γὰρ παρὼν οὐκ ἐνοχλεῖ, προσδοκώμενον κενῶς λυπεῖ. τὸ φρικωδέστατον οὗν τῶν κακῶν ὁ θάνατος οὐθὲν πρὸς ἡμᾶς, ἐπειδήπερ ὅταν μὲν ἡμεῖς ὦμεν, ὁ θάνατος οὐ πάρεστιν · ὅταν δ’ὁ θάνατος παρῇ, τόθ’ἡμεῖς οὐκ ἐσμέν. Oὔτε οὖν πρὸς τοὺς ζῶντάς ἐστιν οὔτε πρὸς τοὺς τετελευτηκότας͵ ἐπειδήπερ περὶ οὓς μὲν οὐκ ἔστιν, οἳ δ΄ οὐκέτι εἰσίν.

Epicure (341-270 avant JC), Lettre à Ménécée

 Il ne reste que trois lettres de l’œuvre d’Epicure (IV-IIIème siècle avant JC). Son objectif est de résumer sa philosophie pour la mettre à la portée des débutants. Il n’accepte ni la Providence, ni la Nécessité. Il fonde sa connaissance sur l’expérience, pense que le plaisir est le principe de tout choix et de toute aversion, plaisir qui réside dans l’absence de douleurs  dans le corps et de troubles pour l’âme. C’est ce qu’on appelle l’ « ataraxie » .

Pour en savoir plus sur Epicure :

Cogito « Epicure » : Avez-vous bien écouté ?

1) Dates de naissance et de mort ?

2) Où est-il né ?

3) Quel poète est cité au cours de l’anecdote du début du reportage ?

4) Quel est le métier de son père ?

5) Quelles écoles a-t-il fréquentées ? Ces cours lui ont-ils donné satisfaction ? Pourquoi ?

6) Quel est le but recherché par le philosophe selon Epicure ?

7) Quel événement politique change le cours de la vie d’Epicure ?

8) Quel philosophe va-t-il découvrir par le biais de l’un de ses disciples ?

9) Comment se crée la vie selon ce philosophe ?

10) Qu’est-ce que la mort selon Epicure ?

11) Peut-on considérer Epicure comme athée ? Justifiez votre réponse.

12) Pourquoi ne faut-il pas faire de sacrifices aux dieux ?

13) Quelle partie du texte que vous avez traduit se trouve citée ?

14) Comment s’appelle son Ecole ? Pourquoi va-t-elle faire scandale ?

15) D’où vient le plaisir selon Epicure ?

16) De quelle maladie souffrit-il ?

17) Comment prépare-il son testament ?

1 τοῦ substantive la proposition infinitive qui suit.

Vocabulaire :

Συνέθιζω (Impé pr 2° p sg): prendre l’habitude.

μηδὲν : rien.
ἐπεὶ : quand, lorsque ; ici : car
η αἰσθήσις, εως : l’action de sentir
η στέρησις, εως (Nom sg attr du suj ὁ θάνατος) : la privation
Oθεν : D’où, par suite
η γνῶσις, εως : la connaissance
μηθὲν : μηδὲν
ἀπολαυστὸν, η, ον (s’accorde avec θνητόν) : dont on peut jouir, joyeux
θνητός, η, ον : mortel
τῆς ζωῆς : Génitif de η ζωη
ἄπειρος, ος, oν : infini
προστιθεῖσα : participe présent actif N Feminin (car η γνῶσις) sg, en ajoutant
o πόθος : le désir
αφαιρεω : à l’aor moyen αφειλομεν ; ici ἀφελομένη (du type λυσαμενος, λυσαμενη, λυσαμενοv) est un participe aor moyen N Fem sg, en ôtant, en enlevant
Oὐθὲν = Oὐδὲν
τὸ μηδὲν ὑπάρχειν = τὸ μηδὲν εἶναι
γνησίως : réellement, légitimement
καταλαμβανω : comprendre. λαμβανω au parfait donne ειληφα. τῷ κατειληφότι : participe parfait actif , Dat Masc Sg : pour celui qui a fini de comprendre > qui a compris.
μάταιος, α, ov : vain, sot
δεδιέναι : Infinitif parfait actif de δι – ειμι ?
λυπεω- ω : affliger λυπήσει futur indicatif 3° p sg. λυπεῖ : présent indicatif 3° p sg
μέλλω : sur le point de
O παρὸν : participe présent actif N neutre sg : ce qui est présent
ἐνοχλεω- ω : troubler
προσδοκαω – ώ : attendre, s’attendre à. O Προσδοκώμενον participe présent médio-passif (du type τιμωμενος, τιμωμενη, τιμωμενοv) N neutre sg ; ce qui doit arriver
κενῶς : pour rien, à vide, vainement
φρικωδης, ης, ες : qui donne des frissons, effrayant
Tὸ φρικωδέστατον : superlatif N neutre sg, le plus terrifiant
ἐπειδήπερ : puisque précisément
ὅταν ὦμεν … ὅταν παρῇ : remarquer les subjonctifs présents après ὅταν (quand, toutes les fois que)
En effet, ὅταν est une conjonction toujours (toujours) suivie du subjonctif
τοὺς ζῶντάς … τοὺς τετελευτηκότας : participes présents actifs Acc Masc Pl précédés de l’articles : les vivants, les morts.

Συνέθιζε δὲ ἐν τῷ νομίζειν
ἐπεὶ πᾶν ἀγαθὸν καὶ κακὸν ἐν αἰσθήσει
στέρησις δέ ἐστιν αἰσθήσεως ὁ θάνατος.
Oθεν γνῶσις ὀρθὴ τοῦ μηθὲν εἶναι πρὸς ἡμᾶς τὸν θάνατον
ἀπολαυστὸν ποιεῖ τὸ τῆς ζωῆς θνητόν͵
οὐκ ἄπειρον προστιθεῖσα χρόνον͵
ἀλλὰ τὸν τῆς ἀθανασίας ἀφελομένη πόθον.
Oὐθὲν γάρ ἐστιν ἐν τῷ ζῆν δεινὸν.
τῷ κατειληφότι γνησίως τὸ μηδὲν ὑπάρχειν ἐν τῷ μὴ ζῆν δεινόν
Ωστε μάταιος ὁ λέγων δεδιέναι τὸν θάνατον οὐχ ὅτι λυπήσει παρών͵
ἀλλ΄ ὅτι λυπεῖ μέλλων.
O γὰρ παρὸν οὐκ ἐνοχλεῖ͵
προσδοκώμενον κενῶς λυπεῖ.
Tὸ φρικωδέστατον οὖν τῶν κακῶν, ὁ θάνατος, οὐθὲν πρὸς ἡμᾶς͵
ἐπειδήπερ ὅταν μὲν ἡμεῖς ὦμεν͵
ὁ θάνατος οὐ πάρεστιν͵
ὅταν δὲ ὁ θάνατος παρῇ͵
τόθ΄ ἡμεῖς οὐκ ἐσμέν.
Oὔτε οὖν πρὸς τοὺς ζῶντάς ἐστιν οὔτε πρὸς τοὺς τετελευτηκότας͵
ἐπειδήπερ περὶ οὓς μὲν οὐκ ἔστιν,
οἳ δ΄ οὐκέτι εἰσίν.

 « Philosopher, c’est apprendre à mourir » (Platon, Phédon)

Nous sommes bien loin du registre pathétique de l’extrait de l’Odyssée. Dans le Phédon, qui raconte le dernier jour de Socrate, celui-ci exprime l’idée que l’âme survit après la mort, contrairement à Epicure. Il tente de convaincre ses amis que le philosophe doit apprendre, de son vivant, à débarrasser son âme des liens qu’elle entretient avec le corps.

 […] ἑκάστη ἡδονὴ καὶ λύπη ὥσπερ ἧλον ἔχουσα προσηλοῖ αὐτὴν1 πρὸς τὸ σῶμα καὶ προσπερονᾷ καὶ ποιεῖ σωματοειδῆ, δοξάζουσαν ταῦτα ἀληθῆ εἶναι ἅπερ ἂν καὶ τὸ σῶμα φῇ. Ἐκ γὰρ τοῦ ὁμοδοξεῖν τῷ σώματι καὶ τοῖς αὐτοῖς χαίρειν ἀναγκάζεται οἶμαι ὁμότροπός τε καὶ ὁμότροφος γίγνεσθαι καὶ οἵα μηδέποτε εἰς Ἅιδου καθαρῶς ἀφικέσθαι, ἀλλὰ ἀεὶ τοῦ σώματος ἀναπλέα ἐξιέναι, ὥστε ταχὺ πάλιν πίπτειν εἰς ἄλλο σῶμα καὶ ὥσπερ σπειρομένη ἐμφύεσθαι, καὶ ἐκ τούτων ἄμοιρος εἶναι τῆς τοῦ θείου τε καὶ καθαροῦ καὶ μονοειδοῦς συνουσίας. […]

ἀλλ᾽ οὕτω λογίσαιτ᾽ ἂν ψυχὴ ἀνδρὸς φιλοσόφου, καὶ οὐκ ἂν οἰηθείη τὴν μὲν φιλοσοφίαν χρῆναι αὐτὴν λύειν, λυούσης δὲ ἐκείνης, αὐτὴν παραδιδόναι ταῖς ἡδοναῖς καὶ λύπαις ἑαυτὴν πάλιν αὖ ἐγκαταδεῖν καὶ ἀνήνυτον ἔργον πράττειν Πηνελόπης τινὰ ἐναντίως ἱστὸν μεταχειριζομένης, ἀλλὰ γαλήνην τούτων παρασκευάζουσα, ἑπομένη τῷ λογισμῷ καὶ ἀεὶ ἐν τούτῳ οὖσα, τὸ ἀληθὲς καὶ τὸ θεῖον καὶ τὸ ἀδόξαστον θεωμένη καὶ ὑπ᾽ ἐκείνου τρεφομένη, ζῆν τε οἴεται οὕτω δεῖν ἕως ἂν ζῇ, καὶ ἐπειδὰν τελευτήσῃ, εἰς τὸ συγγενὲς καὶ εἰς τὸ τοιοῦτον ἀφικομένη ἀπηλλάχθαι τῶν ἀνθρωπίνων κακῶν.                               1 L’âme

Traduction littéraire :

Chaque plaisir et chaque peine a pour ainsi dire un clou avec lequel il l’attache et la rive au corps, la rend semblable à lui et lui fait croire que ce que dit le corps est vrai. Or, du fait qu’elle partage l’opinion du corps et se complaît aux mêmes plaisirs, elle est forcée, je pense, de prendre les mêmes mœurs et la même manière de vivre, et par suite elle est incapable d’arriver jamais pure dans l’Hadès : elle est toujours contaminée par le corps quand elle en sort. Aussi retombe-t-elle promptement dans un

autre corps, et elle y prend racine comme une semence jetée en terre, et par suite elle est privée du commerce de ce qui est divin, pur et simple.[…] C’est comme je le dis que raisonne l’âme du philosophe. Elle ne pense pas que la philosophie doive la délier pour qu’au moment où elle la délie, elle s’abandonne aux plaisirs et aux peines et se laisse enchaîner à nouveau et pour qu’elle s’adonne au travail sans fin de Pénélope défaisant sa toile. Au contraire, elle se ménage le calme du côté des passions, suit la raison et ne s’en écarte jamais, contemple ce qui est vrai, divin et ne relève pas de l’opinion, et s’en nourrit, convaincue que c’est ainsi qu’elle doit vivre, durant toute la vie, puis après la mort, s’en aller vers ce qui lui est apparenté et ce qui est de même nature qu’elle, délivrée des maux humains.

 Vocabulaire

ἡδονή : plaisir

λύπη : peine, chagrin

ὥσπερ : comme

ἧλος : clou, pointe

προσηλόω + dat. : clouer à

προσπερονάω : agrafer

σωματοειδής : corporel, du corps

δοξάζω : estimer, croire, imaginer (δοξάζουσαν : participe présent accusatif féminin, voix active)

ἅπερ : ἅ reprend ταῦτα, περ : précisément
ἂν+subjonctif, dans une subordonnée : idée de répétition ( chaque fois que le corps dit qc )

φῇ : subjonctif présent actif, 3ème pers. du singulier de φημί

ἐκ + Gén : idée d’origine : du fait que

ὁμοδοξέω : avoir la même opinion, être d’accord
χαίρω : se réjouir

ἀναγκάζω : forcer, contraindre

ὁμότροπος, ος,  ον: qui a le même caractère

ὁμότροφος, ος, ον  : qui a le même régime
μηδέποτε : jamais
οἵα : féminin de οἵος, α, ον (+infinitif): capable de
καθαρῶς : adverbe : avec pureté

ἀφικνέομαι : arriver
ἀνάπλεος + gén. : rempli de, souillé, infecté
ἐξιέναι : infinitif de ἐξ-εἶμι (pas le verbe être), partir
ὥστε : de manière à
ταχὺ: rapidement
πάλιν : à nouveau

ὥσπερ : comme si

σπείρω : semer

ἐμφύomai : être comme enraciné

ἄμοιρος : exclu de

μονοειδής : d’une seule nature, simple

συνουσία : la fréquentation, la relation

οὕτω : ainsi
λογίσαιτ᾽ : λογίσαιτο : optatif de λογίζομαι : raisonner
ἂν + optatif dans une principale : idée de pure hypothèse

οἰηθείη : aoriste passif de οἴομαι : penser
χρῆναι : infinitif de χρὴ +inf : il faut, il est nécessaire de
ἐκείνης : génitif féminin de ἐκεῖνος, ἐκείνη, ἐκεῖνο : celui-là
λυούσης δὲ ἐκείνης : il s’agit d’un génitif absolu.
Αὐτὴν : d’elle-même, spontanément
παραδιδόναι : infinitif de παραδιδῶμι : livrer
ἐγκαταδεῖν : infinitif de ἐγκαταδεῶ +dat : lier à
αὖ : alors, à nouveau
ἀνήνυτον : neutre acc. de ἀνήνυτος, ἀνήνυτος, ἀνήνυτον : infini
μεταχειριζομένης : participe présent féminin génitif de μεταχειριζομαι +Acc : travailler à

Le participe reprend Πηνελόπης.
ἱστὸν : ο ἱστὸς : la pièce tissée
ἐναντίως : à l’nverse

τινὰ ἐναντίως : en défaisant son travail. τινὰ reprend ἱστὸν

μεταχειρίζomai : travailler à

γαλήνη : le calme, la tranquillité
τούτων : reprend ταῖς ἡδοναῖς καὶ λύπαις

παρασκευάζω : préparer

ἕπομαι + dat. : suivre à la trace

λογισμός : raisonnement

οὖσα : participe présent indicatif féminin de ειμι : être
ἀεὶ ἐν τούτῳ οὖσα : étant toujours dans celui-ci (le raisonnement)

ἀδόξαστος : qui n’est pas l’objet d’opinio, certain
θεωμένη : participe présent indicatif féminin de θεὰ-ομαι : contempler
Ἐκείνου : singulier, car ne reprend que le dernier terme de l’énumération bien qu’il les concerne tous

τρέφω : nourrir
δεῖν : infinitif de δέω + inf: il est besoin, il faut (ici)
ζῆν : infinitif de ζὰ-ω : vivre
ἕως : tant que, jusqu’à ce que
ἂν+subjonctif, dans une subordonnée : idée de répétition ==> tant que
ἐπειδὰν : lorsque
τελευτήσῃ : participe futur de τελευτὰ-ω : mourir. Le sujet est l’être. Εστι sous-entendu (l’être étant sur le point de mourir)

συγγενής : de même nature
ἀφικομένη : participe aoriste de ἀφικνέ-ομαι , aoriste ἀφικομήν : arriver, partir ==> étant partie
ἀπηλλάχθαι : troisième personne du singulier au parfait de ἀπαλλάττομαι + Gén : s’éloigner de. Parfait : ἀπηλλάγμαι (sens au parfait : être débarrassé de)

ἑκάστη ἡδονὴ καὶ λύπη
ὥσπερ ἔχουσα ἧλον
προσηλοῖ αὐτὴν πρὸς τὸ σῶμα
καὶ προσπερονᾷ καὶ ποιεῖ σωματοειδῆ
δοξάζουσαν ταῦτα
ἅπερ ἂν καὶ τὸ σῶμα φῇ
ἀληθῆ εἶναι
Ἐκ γὰρ τοῦ
ὁμοδοξεῖν τῷ σώματι
καὶ χαίρειν τοῖς αὐτοῖς
ἀναγκάζεται οἶμαι
γίγνεσθαι ὁμότροπός τε καὶ ὁμότροφος
καὶ οἵα μηδέποτε
ἀφικέσθαι καθαρῶς εἰς Ἅιδου
ἀλλὰ ἀεὶ ἐξιέναι ἀναπλέα τοῦ σώματος,
ὥστε πίπτειν ταχὺ πάλιν εἰς ἄλλο σῶμα
καὶ ἐμφύεσθαι ὥσπερ σπειρομένη,
καὶ ἐκ τούτων εἶναι ἄμοιρος
τῆς συνουσίας τοῦ θείου τε καὶ καθαροῦ καὶ μονοειδοῦς
ἀλλ᾽ οὕτω λογίσαιτ᾽ ἂν ψυχὴ ἀνδρὸς φιλοσόφου
καὶ οὐκ ἂν οἰηθείη
χρῆναι τὴν μὲν φιλοσοφίαν αὐτὴν λύειν
δὲ ἐκείνης λυούσης
αὐτὴν παραδιδόναι ταῖς ἡδοναῖς καὶ λύπαις
ἑαυτὴν ἐγκαταδεῖν πάλιν αὖ
καὶ πράττειν ἀνήνυτον ἔργον
Πηνελόπης μεταχειριζομένης τινὰ ἱστὸν ἐναντίως,
ἀλλὰ παρασκευάζουσα γαλήνην τούτων,
ἑπομένη τῷ λογισμῷ καὶ οὖσα ἀεὶ ἐν τούτῳ,
θεωμένη τὸ ἀληθὲς καὶ τὸ θεῖον καὶ τὸ ἀδόξαστον
καὶ τρεφομένη ὑπ᾽ ἐκείνου
οἴεται δεῖν ζῆν τε οὕτω
ἕως ἂν ζῇ,
καὶ ἐπειδὰν τελευτήσῃ,
ἀφικομένη εἰς τὸ συγγενὲς καὶ εἰς τὸ τοιοῦτον
ἀπηλλάχθαι τῶν ἀνθρωπίνων κακῶν.

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