Grec première – « Ode à l’aimée » de Sappho

(Cours de première)

Phèdre

Phèdre, mise en scène de Patrick Chéreau avec Dominique Blanc dans le rôle de Phèdre (2004)

Sappho, « Ode à l’aimée »

Pour écouter ce poème chanté en grec :

Dans ce poème à l’état de fragment (il ne manque que quelques vers à la fin), Sappho décline la passion amoureuse et ses souffrances avec une grâce et un réalisme rares dans l’Antiquité, qui donnent à sa poésie une note d’authenticité et d’intimité. Il s’agit ici d’une transcription du poème en grec « classique ».

Φαίνεταί μοι ἐκεῖνος ἴσος θεοῖς

εἶναι ὁ ἀνήρ, ὅστις ἐνάντιός σοι

ἕζεται, καὶ πλήσιον ἡδὺ φωνούσης ὑπακούει

καὶ γελώσης ἱμερόεν, ὅ με ἦ μὴν

καρδίαν ἐν στήθεσιν ἐπτόησεν·

ὡς γὰρ εἰς σὲ ἴδω βραχέα, ὥς με φωνῆσαι

οὐδὲν ἔτι εἴκει.

Ἀλλὰ γλῶττα μὲν κατέαγε, λέπτον

δ’ αὐτίκα χρῷ πῦρ ὑποδέδρομε,

ὄμμασι δὲ οὐδὲν ὁρῶ, ἐπιρρομβοῦσι δὲ ἀκοαί,

ἡ δέ με ἱδρὼς καταχεῖται, τρόμος δὲ

πᾶσαν ἀγρεῖ, χλωροτέρα δὲ πόας

εἰμί, τεθνηκέναι δὲ ὀλίγου ἐπιδεῖν

φαίνομαι ἐμοὶ αὐτῇ.

Il me paraît égal aux dieux
celui qui près de toi s’assied,
goûte la douceur de ta voix
et les délices

de ce rire qui fond mon coeur
et le fait battre sur mes lèvres.
Sitôt que je vois ton visage,
ma voix se brise,

Ma langue sèche dans ma bouche,
un feu subtil court sous ma peau,
mes oreilles deviennent sourdes,
mes yeux aveugles.

Mon corps ruisselle de sueur,
un tremblement me saisit toute,
je deviens plus verte que l’herbe.
Je crois mourir…

Catulle, Poésies (Poète du Ier siècle av. J.-C)

Il me semble être l’égal d’un dieu,

Surpasser les dieux, si c’est possible,

Celui, qui assi et face de toi, te regarde et t’écoute

Rire doucement, ce qui, malheureux de moi,

M’enlève tous mes sens ;

Car, dès que je te vois, Lesbie,

Aucun son ne sort de ma bouche.

Ma langue est paralysée, un feu subtil

Court dans mes membres, mes oreilles bourdonnent de leur propre son,

Mes deux yeux sont recouverts par la nuit.

Racine, Phèdre, Acte I, scène 3.

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler ;
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

Phèdre, Acte I, scène 3, vers 273-276.

 

RonsardRonsard

Je suis un demy-dieu, quand, assis vis-à-vis

De Toy, mon cher souci, j’escoute des devis,

Devis entre-rompus d’un gracieux sourire,

Souris qui me retient le cœur emprisonné :

Car, en voyant tes yeux, je me pasme étonné

Et de mes pauvres flancs un seul vent je ne tire.

Ma langue s’engourdit, un petit feu me court

Frétillant sous la peau : je suis muet et sourd

Et une obscure nuit dessus mes yeux demeure ;

Mon sang devient glacé, l’esprit fuit mon corps,

Je tremble tout de crainte, et peu s’en faut alors

Qu’à tes pieds estendu sans âme je ne meure.

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